Une mission humanitaire au Kenya pour la reconstruction du clitoris des femmes victimes de l’excision


21 avril, 2019

De retour d'une mission humanitaire au Kenya qui a permis à 64 femmes de retrouver leur dignité et leur intégrité, Princess Loona témoigne de la puissance de cette chirurgie et de la libération profonde que cela amène à ces femmes.


ClitoraidLoona01.jpg A la rencontre de Princess Loona, Guide raélienne et bénévole de l’ONG Clitoraid (clitoraid.org). A son retour de Nairobi (Kenya) suite à une récente mission humanitaire, au cours de laquelle des opérations de reconstruction du clitoris ont permis à 64 femmes de retrouver leur dignité et leur intégrité, Princess Loona témoigne de la puissance de cette chirurgie et, bien au-delà, de la libération profonde que cela amène à ces femmes.


"Je rêve de ce moment où il n y aura plus besoin de restaurer le clitoris car il n’y aura plus d'excision ni physique, ni mentale. Un monde où chacun-e sera gagnant-e, homme et femme."
 
Comment as-tu préparé cette mission ?

Il était primordial dans cette démarche de restauration du clitoris de remettre à l’honneur cette partie de l’anatomie féminine. Je souhaitais apporter à ces femmes des outils pédagogiques qui leur permettent de bien comprendre qui elles sont et comment leur corps fonctionne.

Ma formation initiale étant kinésithérapeute, je me suis mise en quête d’une maquette du bassin féminin en 3D à emmener sur place et j’ai constaté après recherches qu'aucune, incluant le clitoris n'existait . J'ai contacté une chercheuse indépendante qui a, en 2016, édité le premier clitoris à taille réelle en 3D et qui m’a confirmé que le premier modèle de bassin incluant un clitoris était en voie de réalisation en ce moment en Suisse. Il verra le jour probablement en 2019. J'ai constaté à quel point le clitoris était un grand inconnu puisque son anatomie vient de rentrer dans (uniquement) un manuel scolaire pour la première fois en 2017, en France. Nous sommes à l’âge de pierre. Non seulement il n'est pas représenté, mais il est coupé, brûlé, cousu, caché et pas seulement en Afrique mais partout sur la planète à diverses périodes et jusque dans les années 50 en Europe de l’Ouest et aux Etats-Unis où l'excision a été pratiquée pour traiter des "maladies" telles que l’hystérie, l'épilepsie, la masturbation, la mélancolie ou encore l’homosexualité.

J'ai donc trouvé un imprimeur 3D qui a pu réaliser ces clitoris roses que j’ai emmenés sur place (voir la vidéo : facebook.com/clitoraid. Je souhaitais également montrer quelques diversités de vulves car, parmi les femmes excisées, dans certains cas les lèvres petites et/ou grandes sont coupées ou cousues. J’ai donc organisé, avec l’aide de femmes de mon entourage, une soirée moulage de vulves. Cette soirée à été l’occasion de constater à quel point, malgré notre volonté de sortir du carcan de la culpabilité, il reste en chacune de nous une part de honte concernant notre sexe. Dre Betty Dodson, cette gynécologue artiste américaine, écrivaine, éducatrice sexuelle à la sexualité, féministe pro sexe, a bien ouvert la voie pour l’acceptation de la masturbation féminine dans les années 70. Dans ses ouvrages, elle présente la diversité et la beauté des vulves. Le voyage au Kenya a démarré par un voyage en 'Clitorie' pour bien cerner les tenants et aboutissants de ce qui se joue avec l’excision.
 
Quel est l’état d’esprit des femmes que tu as rencontrées et qui décident de se faire opérer ?  

Environ une centaine de femmes se sont présentées à la clinique Platinium de Nairobi. Parmi elles, 64 avaient besoin d’être opérées (voir pourquoi, ci après). Dans tous les cas, ces femmes mettent tous leurs espoirs dans cette chirurgie. La plupart viennent en secret de leur famille et même souvent de leur conjoint. Lorsque je les rencontre et leur pose la question de ce qui les motive pour cette chirurgie, les mots sont simples, elles parlent toutes de leur dignité en tant que femmes, elles veulent redevenir des 'femmes entières', elles veulent retrouver ce que la tradition leur a volé dans la violence, la peur et l'ignorance. 
L’accompagnement consiste tout d’abord à les écouter, créer un espace de confiance pour les laisser parler de ce dont elles n’ont, pour la plupart, jamais parlé auparavant. De ces échanges sortent les larmes de colère, de tristesse, parfois de rancoeur envers leur propre famille qui était censée les protéger, de déception du conjoint qui les quitte lorsqu’il se rend compte que la femme est excisée et n’aura jamais de plaisir, ni de désir pour faire l’amour, de honte de ne pas être "normale", d’incompréhension, d'état de choc par la douleur passée et souvent encore présente quotidiennement (fistule, infection, mort d'enfants à la naissance).

Dans un second temps, il va être indispensable de leur expliquer que suivant le type d’excision, elles pourront bénéficier ou pas de l’intervention. C'est alors que je leur montre les clitoris et les vulves en 3D pour leur expliquer l’anatomie, le fonctionnement  (lubrification du vagin grâce à la stimulation du clitoris, le plaisir, le désir, etc.). Expliquer également qu'il n y a pas une sexualité mais une infinité de sexualité, d érotisation, d'échanges de complicité avec son partenaire ou seule, mais que dans tous les cas il leur faudra apprendre à explorer cette partie de leur corps qui a été source jusqu'à ce jour de souffrance et que personne mieux qu’elle ne pourra savoir ce qui leur plait. Ensuite exposer ce que va être le geste chirurgical en fonction du type d’excision et les suites post opératoires.

Curieusement, le plus difficile des échanges étaient avec les femmes pour lesquelles le clitoris n’avait pas été coupé, mais uniquement leur capuchon (la peau qui se trouve au dessus du clitoris l'équivalent de la circoncision) et qui n’allaient pas avoir de bénéfices avec la chirurgie. C’est alors que le travail de réhabilitation du clitoris est primordial, leur conseiller le travail de massage de la cicatrice, l’apprentissage de la douceur et de la découverte de leur propre sexualité et désir. Pas pour être l’objet de plaisir pour l’autre, mais pour soi. Ces échanges sont aussi l’occasion de démystifier  l'orgasme. Ce que c’est et ce que ce n’est pas, sortir de l’illusion qu’il n'existe qu’une forme de plaisir (la pénétration par exemple) alors qu’en réalité le clitoris étant chez la femme l’équivalent du pénis mais à l’intérieur du corps, sa stimulation appropriée sera nécessaire pour une sexualité épanouie.

Ce que je retiendrais le plus de ces moments de partage intime avec ces femmes c’est leur espoir et le sourire qu’elles ont avant l’opération mais surtout après l’opération. Une image très forte fut celle de cette femme qui chantait des cantiques pendant que le chirurgien l’opérait, tout un symbole.
 
 
Tu as participé à des actions de sensibilisation dans les écoles de police, peux-tu nous expliquer le but de cette démarche ?  

Légalement l’excision est interdite au Kenya mais les lois ne sont pas vraiment appliquées, car les exciseuses ne sont pas des personnes mauvaises, ce sont des personnes qui pensent agir pour le bien en perpétuant cette tradition abominable avec ou sans l'accord des familles. Il existe d’ailleurs des missions de "réorientation professionnelle" des exciseuses car c’est leur gagne pain !  La répression n’est pas la solution, seule l'éducation l'est. Il faut dont éduquer les agents de police et ce, dès leur cursus scolaire pour qu’ils comprennent bien les enjeux (décès par hémorragie, infection, mort en couche, douleur aux rapports, fistule, etc.).

A Nairobi, une école de 10.000 étudiants reçoit toutes les semaines une personne, Jocelyn, qui expliquent à 200 élèves à chaque session, les tenants et aboutissants de l’excision. Elle a décidé de montrer des vidéos de réelles excisions pendant ces formations et les hommes présents appellent immédiatement leur femme en leur interdisant de mutiler leur fille. Le poids des images parlent plus que tous les mots. Le changement est en cours, les hommes ne veulent plus de femmes mutilées. Ce qui était la raison autrefois de l’excision (une femme excisée était pure et pouvait être mariée) devient la raison majeure pour laquelle les femmes perdent leur conjoint. La plupart du temps elles cachent à leur mari leur excision. Elles refusent le cunilungus pour ne pas qu’il s’en rende compte et simulent l'orgasme pour que le rapport dure le moins longtemps possible, certaines m’ont même confié qu’elles boivent avant les rapports pour avoir moins mal.
 
 
Un mot, une image, pour résumer cette action ?

Je rêve de ce moment où il n y aura plus besoin de restaurer le clitoris car il n’y aura plus d'excision ni physique, ni mentale. Un monde où chacun-e sera gagnant-e, homme et femme. Réconciliation serait ce mot.
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