La France, pays de discriminations: retour sur l'affaire Piffer et le deux poids deux mesures des institutions françaises


01 déc., 2011
 Aucun    Europe

A l'occasion du novembre de l'égalité, à Metz, en France, et plus particulièrement d'une conférence sur la discrimination orchestrée en milieu universitaire dans sa ville, Kimbangu Mundele Piffer revient sur les événements qu'il a vécu personnellement cette année.


kimbangu02_tbn.jpg Kimbangu Avril2011 A l'occasion du novembre de l'égalité, à Metz, en France, et plus particulièrement d'une conférence sur la discrimination orchestrée en milieu universitaire dans sa ville, Kimbangu Mundele Piffer revient sur les événements qu'il a vécu personnellement cette année. Démonstration criante de vérité sur le décalage existant entre les discours et les actes en France, en matière de discrimination.

"Je travaille à France télécom Orange en tant que technicien réseau. C'est à partir de juillet 2005, que je n'ai plus eu le droit à l’accès à la centrale nucléaire de Cattenom. Interdiction décidée sans aucune raison et explication.

J’ai écrit à la Halde (Défenseurs des droits aujourd’hui) en décembre 2006 et c'est en avril 2011 que mon dossier a été clôturé : cinq années d’actions incessantes auprès des autorités compétentes que cela soit la Préfecture, la Halde ou la Présidence de la République.

En juillet 2010, la Préfecture a cessé toute objection à ma réintégration à la centrale nucléaire.
Il m’a fallu faire une grève de la faim de 15 jours, en avril 2011, devant de la Préfecture de Moselle pour obtenir la raison de cette interdiction: ma conviction spirituelle et religieuse; et la preuve d'une discrimination reconnue par la Halde dans son courrier envoyé au Préfet le 20 octobre 2009 (1).

Voici mon ressenti, concernant les interlocuteurs concernés :

--> Sur la Halde : j'ai eu affaire à une organisation plus pro-gouvernementale que protectrice des droits du citoyen que je suis. Malgré mes multiples recours officiels et déplacements, je n’ai jamais réussi à obtenir ce courrier adressé au Préfet en 2009, précisant la raison de cette interdiction. Il m’a fallu, au bout de deux années, faire 15 jours de grève de la faim pour l’avoir.

Je tiens à remercier l'une des personnes avec qui j'ai été en contact dont l'accueil fut très humain.
Dommage que cette organisation ne soit qu'un miroir aux alouettes du gouvernement et pas à l'image de certaines personnes qui y sont engagées.

--> Sur le Préfet de Moselle : nous avons eu un contact très courtois, peut être le contact le plus "humain" dans cette affaire. Il m'a recu dans son bureau près d’une heure après 15 jours de grève de la faim, jour où le courrier de la Halde m'a enfin été remis après 5 ans de demandes répétées et sans réponse.

Devant la préfecture, alors que je faisais ma grève de la faim : beaucoup d’indifférence de la part des fonctionnaires mais quelques badauds et passants incroyablement humains et remplis de bonnes intentions…j’ai souvent pleuré non pas de désespoir mais d’un formidable espoir en l'être humain.

--> Sur l’employeur, France Télécom/Orange :
Beaucoup de belles pensées, beaucoup de belles paroles…mais pas d'actions cohérentes ! France Télécom/Orange n'a eu que faire de ma situation, bien que ce soit cet organisme qui me chargeait d’aller raccorder les fibres optiques à la centrale de Cattenom bien avant 2005.
Quand j’ai demandé un peu d’aide pour ma grève de la faim, la direction m’a indiqué que j’étais dans un département concordataire, que j’avais donc assez de congés ?!
Quand j’ai suggéré d’expliquer la situation dans un article pour la communication interne, on m’a répondu : « C’est une affaire personnelle ! »
Quant aux ressources humaines, on m’a fait comprendre que je manquais de besoin de reconnaissance ... 34 ans de services, carrière rectiligne avec un classeur rempli de lettres de félicitations ou de remerciements et pourtant ne cherchant aucune promotion !
Quant aux syndicats, je n'ai reçu absolument aucun soutien de leur part.

Depuis 2010, lors de la non objection de la Préfecture, aucune demande n’a été faite par France Télécom/Orange pour que je puisse un jour retourner à la centrale.

En conclusion : aucun dédommagement, aucune excuse et beaucoup d’indifférence de la part du pays. Mais je ne laisserai rien passer et utiliserai notamment les voix légales pour faire respecter mes droits et demander réparation pour l'ignoble discrimination subie pendant ces 6 années. J'entreprends ces démarches pour le respect des droits de tous et notamment celles et ceux qui sont différents, en écho à cette célèbre phrase : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire ! »

Vive l'égalité!

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(1) Voir l'article: Le leader Raëlien obtient gain de cause. Le Préfet de Moselle admet avoir retiré son autorisation d'accès a la centrale de Cattenom en raison de sa religion